La belle histoire Big Frog - Reno 2010
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Un grand défi français, technologique et environnemental

Le projet Big Frog est très récent. Deux à trois ans d’étude et à peine deux années de réalisation. C’est une belle histoire humaine qui devient très vite une série de défis. Une bande de copains, aux horizons très différents mais qui ont les mêmes passions pour les sports mécaniques terrestres ou aériens, les mêmes rêves et le même pouvoir de conviction, se lancent dans une histoire totalement folle, fabuleusement historique et se voulant totalement crédible :
Gagner les Reno Air Races avec un pilote et un moteur français, puis créer un nouveau sport aérien en Europe.

Un défi humain :

L’histoire se passe à Chavenay, en février 2005. Trois pilotes, Franck Doyen, Mario Soave, et Willy Gruhier, chef pilote de l’Aéro Club Dassault et instructeur pratiquant la voltige se mettent à rêver de ce projet. C’est aussi à Chavenay queWilly et Franck Doyen découvrent le moteur SMA, alors en essai sur un avion de club. Il est puissant, il a beaucoup de succès.

Lorsque Willy Gruhier devient responsable des essais en vol pour un mensuel aéronautique, il teste officiellement le SMA SR 305-230 sur un Cessna 182 et constate que ce moteur a des capacités de développement très importantes. A cette époque, Audi fait gagner un moteur Diesel en compétition automobile d’endurance, ce qui correspond aux analyses de Willy, pour qui ce type de moteur est totalement adapté à l’aviation. Bref, le diesel, c’est “son truc”. Le concept de Reno associé au diesel se met en place.

En ce qui concerne la cellule, Willy et Franck pensent à une solution innovante : le carbone. À ce moment, la conception du projet Reno est en place dans l’esprit de ses initiateurs, mais ce n’est qu’un projet. Le projet Reno est intellectuellement en place !

Quelques mois plus tard, Willy Gruhier est envoyé comme journaliste pour couvrir les courses de pylônes de 2006. Accrédité officiellement, il passe quelques jours de rêve au pied des pylônes en compagnie des juges. Il voit les trajectoires des spécialistes de la discipline de façon très privilégiée. Il discute avec les pilotes américains. Et un jour, en pleine course, il appelle Franck sur son portable, alors qu’il est sous un pylône. “Franck, il faut monter le SMA sur une cellule Nemesis NXT. Je viens de le voir passer, c’est ce qu’il nous faut”. Retour à Paris, quelques copains se joignent au projet, spécialistes de design, de communication. À ce moment, la foi qui déplace les montagnes est en place. Il reste juste tout à faire.

La persuasion fonctionne. En tout cas, même si nos interlocuteurs pensent logiquement que l’idée est folle, elle plaît. Gérard Feldzer, on le sait, aime les défis. L’Aéro Club de France est le temple de tous les records. Nous y sommes reçus avec beaucoup d’enthousiasme.
Bien sûr que le projet est ambitieux, ceux qui le présentent ont les compétences requises. Ainsi Willy a pratiqué le vol en patrouille pendant trois ans, base indispensable du vol en peloton qui se pratique à Reno. “En ce qui concerne les “G” encaissés en course, ce que je fais en voltige est infiniment plus violent. En revanche, il faut tenir pendant dix minutes. Il faut donc être en forme. J’ai commencé l’entraînement. Par ailleurs, les ingénieurs qui font la chasse aux grammes m’ont dit de façon très diplomatique que si je leur permettais de gagner quelques kilos d’un seul coup, par exemple en surveillant mon régime alimentaire, ce serait une grande avancée…technique !”. Formulation humoristique correspondant à une vraie exigence des ingénieurs du projet…

Autour de lui, Franck Doyen réunit une équipe technique extrêmement pointue. Il réussit aussi à convaincre quelques partenaires d’entrer dans le projet. Le premier d’entre eux Picy Development permet d’acheter la cellule découverte par Willy à Reno.

Quand elle arrive au Havre, ce sont des gosses qui ouvrent le container. À l’intérieur, on n’y voit goutte, l’environnement des docks du port est gris, mais quand la porte s’ouvre, l’apparent capharnaüm est une sorte de trésor. Le projet Big Frog devient un bonheur. L’utopie devient réalité.

Un défi sportif :

Les Reno Air Races se surnomment à juste titre “Fastest race in the world”. La course de pylônes est une discipline quasiment exclusive de ce pays. La vitesse moyenne au tour est à plus du triple de celle que l’on constate dans les courses de Formule 1.

Dans la catégorie visée, elle est à plus de 650 km/h. Il existe des épreuves de vitesse dans d’autres pays, parfois sous d’autres formes que les pylônes en bois hauts de dix mètres qui balisent la course de Reno. Mais la vitesse pure, sur un circuit fermé, faisant voler plusieurs avions en peloton avec de telles performances, c’est une exclusivité mondiale de cette ville du Nevada, à la porte du désert. C’est en somme la course absolue, c’est celle que le projet Big Frog veut gagner.

C’est sur cet aspect du défi que nous avons eu l’immense fierté de recevoir le parrainage de sportifs au palmarès impressionnant :

Henri Pescarolo, maître incontestable d’une discipline reine des sports mécaniques, parrain d’autant plus prestigieux à nos yeux qu’il est également détenteur de plusieurs records du monde aériens. Henri est l’un de nos héros, bien avant le lancement du défi Big Frog.

Le trio magique qui a bien voulu nous soutenir au nom de l’esprit d’équipe, vital dans notre démarche est composé de Olivier Quesnel, directeur de l’écurie Citroën Racing, Sébastien Loeb, pilote, et Daniel Elena, copilote, dont on sait qu’ils font gagner du matériel et des équipages français dans le monde entier.

Pascale Alajouanine est championne de France, d’Europe et du monde de voltige, elle a accepté avec beaucoup d’enthousiasme d’être notre marraine aéronautique. Nous essaierons d’être dignes de ces soutiens qui, dans leurs disciplines, sont des sommets de réussite et de talent.

Un défi historique :

Les Reno air races, ainsi que vous pourrez le lire en détail dans la fiche “histoire” ci-jointe, ont commencé dans les années 20. Depuis le début, c’est une débauche de moyens financiers et techniques dont les seules obsessions sont la puissance et la vitesse. Un concept de course très américain, l’Europe s’étant plus concentrée sur les disciplines de voltige, où les figures ciselées comme des bijoux sont très spectaculaires mais requièrent un pilotage très particulier. À Reno, ce que l’on demande aux avions et aux pilotes, c’est “Fly low, go fast, turn left”. Cette discipline très “US” est donc aussi quasiment dévolue aux pilotes “US”.

Une seule fois, un pilote étranger a pu vaincre les Américains sur cette course. Un Français, Michel Detroyat, aux commandes d’un avion Caudron, à la vitesse de 438 km/h. C’était en 1936 et les Américains, furieux d’avoir été battus sur leur domaine réservé, avaient procédé à d’interminables vérifications sur la conformité du moteur, qui devait faire moins de 9,5 l de cylindrée, avant d’admettre leur défaite. Relever la victoire de Michel Detroyat est l’un des défis du projet Big Frog.

Un défi technologique et environnemental :

Le premier aspect de ce défi technologique est le temps. Le projet Big Frog est en train de réussir une naissance légitime en à peine 18 mois là où l’on aurait pu logiquement penser qu’il eût fallu des années pour devenir opérationnel. Le fait est là, l’avion est en montage à Toussus le Noble, il volera cette année.

Un deuxième défi concerne le moteur. Aujourd’hui, ceux qui gagnent à Reno en catégorie “unlimited” sont des monstres suralimentés, dopés par injection de substances toutes plus nocives les unes que les autres. Dans notre catégorie, la “Sport Class”, il s’agit de moteurs à essence extrêmement imposants et terriblement gourmands.

Le projet Big Frog entend faire gagner un moteur français, préparé au sein du team, à partir d’une base SMA. Il s’agit d’une technologie de nouvelle génération. La particularité de ce moteur est qu’il fonctionne au kérosène. Ce qui n’est pas une nouveauté sur les gros réacteurs des avions de ligne, mais une révolution dans l’aviation légère, utilisant majoritairement des moteurs fonctionnant à l’essence, et même l’essence dite “Aviation”, carburant très élaboré, qui au surplus nécessite l’ajout d’additifs assez peu respectueux de l’environnement.

Par ailleurs, le kérosène est un produit naturellement propre sans additifs toxiques, dont la consommation spécifique est infiniment moins importante que l’essence. Certains experts prédisent d’ailleurs qu’à long terme un seul carburant pourrait être utilisé à l’avenir dans le monde, sur tous les modes de transport terrestres, maritimes et aériens, qui serait justement le kérosène. En ce sens, les promoteurs du projet Big Frog sont en phase avec l’époque, en voulant faire gagner dans la course la plus rapide au monde un carburant d’avenir. On sait par ailleurs que dans les sports mécaniques routiers ou pistards, le diesel devient une arme particulièrement efficace. C’est aussi un signe qui ne trompe pas.

Un autre aspect intéressant de ce défi technologique consiste à adapter ce moteur dans la cellule Nemesis NXT, prévue initialement pour accueillir un Lycoming essence spécialement dédié à ce modèle. La cellule est donc fabriquée aux USA, il n’existe aucune construction de ce genre en Europe. Elle est entièrement en carbone, à l’exception du plan vertical et des saumons de voilure, fabriqués en fibre de verre parce que devant recevoir des antennes radio. Aux mains de son concepteur, John Sharp, elle a tout gagné en catégorie Sport Class ces dernières années. Il faut une équipe très pointue pour en assurer le montage, même si le fabriquant fournit une liasse de plans très complète ainsi qu’un nombre considérable de DVD retraçant en film les différentes phases d’une réalisation qui prendra évidemment des milliers
d’heures de travail.

Sur un plan purement aéronautique, nous avons eu l’immense joie d’apprendre l’intérêt de la firme Dassault Systèmes pour notre projet. L’appui technique de l’une des firmes les plus compétentes au monde, sinon la meilleure, sera un incroyable dans l’aboutissement de ce projet.

Un défi médiatique :

Dans ce contexte de crise mondiale, nous pourrions ranimer le slogan des empereurs romains “panem et circenses” pour faire valoir qu’à défaut d’avenir, le public a besoin de héros. Notre démarche va évidemment bien au-delà. Nous faire connaître dans un monde où l’esprit pionnier est aussi vif qu’il y a plus de cent ans, lors de la création de l’avion par Clément Ader ; où la performance technique est une constante nationale et une fierté légitime, des Latécoère et Breguet de Mermoz et Saint Ex à l’A380 d’Airbus. Pas simple d’exister. Notre légitimité réside entièrement dans les compétences de l’équipe, dans la faisabilité du projet et dans l’originalité d’un défi qui, nous l’espérons, fera rêver le monde aéronautique français. Certes, le fait de courir à plusieurs avions de front, à plus de 650 km/ et à 10 mètres/sol fait du pilote vainqueur un héros. Nous savons bien que seule la victoire est belle. Jusqu’à là, nous espérons vous emmener dans notre rêve.

L’un des membres du team a eu cette définition très révélatrice de notre projet. “Nous entrons dans le domaine de la Formule 1 en trois dimensions.” Si cette phrase vous plaît, elle est à vous.