Big Frog chez les maîtres du monde de la voltige ! Merci l’EVAA !

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Dans un bruit beau comme du Mozart, l’avion passe à 300 km/h juste au dessus de nos têtes, il vire le pylône trois, les ailes totalement à la perpendiculaire du sol et enchaîne immédiatement sur les autres balises du parcours à très basse altitude. Pilotes et appareil encaissent allègrement du 7 G et même un peu plus...
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Big Frog chez les maîtres du monde de la voltige ! Merci l’EVAA !
Dans un bruit beau comme du Mozart, l’avion passe à 300 km/h juste au dessus de nos têtes, il vire le pylône trois, les ailes totalement à la perpendiculaire du sol et enchaîne immédiatement sur les autres balises du parcours à très basse altitude. Pilotes et appareil encaissent allègrement du 7 G et même un peu plus. L’avion est l’Extra 330 biplace de l’Equipe de Voltige de l’Armée de l’Air basée à Salon de Provence, l’EVAA. Les formateurs sont deux champions du monde de voltige 2009, le lieutenant Renaud Ecalle et le capitaine François Le Vot. Les stagiaires sont, les trois pilotes de Big Frog, invités à s’entraîner au vol bas pendant une semaine à Salon de Provence. Retour au hangar. Les mécanos rentrent l’appareil à la façon d’un team de Formule 1, coordination parfaite des mouvements, pilotes à bord. On vérifie les chronos et surtout le G-Mètre. Un peu plus loin, entre deux briefings, les pilotes de la patrouille de France se demandent bien pourquoi ces experts de la voltige s’amusent à tourner en rond…

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1- Willy Gruhier et Renaud Ecalle à bord de l'Extra 330 LC de l'EVAA
2- Renaud Ecalle, champion du monde de voltige et instructeur, est en place arrière. Christophe Delbos, alias "Bobos", pilote de Mirage 2000 à Mont de Marsan, est l'élève et redécouvre l'avion à hélice.
3- Pour Loïc Kardjadj, alias "Kardj", lui aussi pilote de chasse sur Mirage 2000 à Mont de Marsan, l'instructeur est François Le Vot, champion du monde par équipe.
4- Willy Gruhier, pas peu fier de faire partie du groupe, et qui a terminé la semaine avec des très beaux chronos.
5- C'est du lourd! De gauche à doite, Christophe Delbos, Renaud Ecalle, Willy Gruhier, le seul civil du lot, Loïc Kardjadj et le patron de l'EVAA, Fabrice Camliti.
6- Avec ces jeunes gens surdoués, une équipe de maintenance top. On ne lésine pas sur la sécurité des vols.

Haute école, basse altitude :
Le partenariat entre Big Frog et l’Armée de l’Air a permis cette rencontre entre pilotes surdoués. Ceux du team Big Frog ? Willy Gruhier, que vous connaissez déjà, est numéro un. Christophe Delbos est pilote de Mirage 2000, basé à Mont-de-Marsan, il est le pilote « spare » de Willy, le second. Le numéro trois, Loïc Kardjadj, lui aussi pilote de Mirage 2000 basé à Mont-de-Marsan, est pour sa part, spécialiste du vol à très basse altitude. Pour les deux militaires, l’hélice est plutôt un lointain souvenir. Le train classique aussi. (NDLR : Pour le lecteur non initié à l’aéronautique, le train classique est composé de deux roues sous le ventre de l’avion et une roulette de queue, contrairement par exemple aux trains tricycles des avions de chasse ou de ligne qui comportent une roulette de nez, les manœuvres d’atterrissage et de décollage sont très différentes de l’un à l’autre) Pour nos trois pilotes, voler en circuit fermé autour de balises est une découverte. Ambiance phénoménale durant toute la semaine, parce qu’en fait, les deux formateurs, fussent-ils champions du monde de voltige, les deux en équipe et Renaud en individuel, découvrent aussi le « Reno racing ». Ce genre de formation est aussi une nouveauté pour eux. De vrais apprentis dieux qui découvrent ce type si particulier de compétition dans un environnement ultra sécurisé et avec des compétences absolument exceptionnelles un sport qu’il s’agira pour eux de pratiquer au plus haut niveau.

Les G, un point capital
Renaud nous explique que cette formation de pilotes pour Reno s’effectue selon plusieurs phases, et que chacun des pilotes, en fonction de ses propres spécialités, sera formé de façon différente mais qu’au bout, le seul résultat qui compte sera le chrono. Un circuit en réduction a été formé au dessus de la base, avec trois balises de taille importante figurant les poteaux. Autrement dit, ce circuit là est infiniment plus technique que celui de Reno, long de 10 kilomètres. Les virages sont plus serrés et si l’on sait que dans le désert du Nevada , on encaissera entre 5 et 8 G, il est évident qu’ici cela devient l’une des limites de l’exercice.

La salle de classe des surdoués
Pour commencer, cet exercice de voltige très particulier consiste à démythifier l’avion. Il s’agit donc de se lancer dans des figures classiques d’acrobatie aérienne, classiques certes mais à la mode des champions du monde qui sont assis en place arrière ! Bref, une initiation faite pour des pilotes de très haut niveau. Puis, on adapte cette pratique de la voltige aux conditions de Reno. On déplace le domaine de vol, on travaille sur le décrochage à haute vitesse en virage, on simule les pertes de contrôle, on s’exerce aux turbulences de sillage. Nouvelle étape avec l’étude des trajectoires. Il s’agit bien sûr de gagner du temps, le chrono au sol est là pour témoigner des progrès, en tenant compte de ce qui a été vu auparavant. Sur ce circuit serré, le métier rentre très vite. On se rend par exemple compte qu’en sortie de virage bas, le pilote a une tendance naturelle à remonter. A Reno, en virages, il est interdit de monter. Donc, on corrige. Ici bien sûr, les commentaires en fin d’entraînement vont bon train. L’idée est que dans des conditions aussi extrêmes, voler à deux permet d’améliorer les performances de façon considérable : il y a quelqu’un derrière pour dire que ça ne passe pas et … faire ce qu’il faut ! De l’aveu des stagiaires et des instructeurs, jamais les pilotes à l’entraînement ne seraient allés aussi vite tous seuls. Non seulement les temps tombent comme des hallebardes (10% d’amélioration) mais on découvre certaines tactiques dont bien entendu nous garderons le secret. Même si les américains ne comprendront jamais les Français, ils peuvent en saisir la langue. Et nous sommes déjà en guerre… Enfin, c’est évidemment très important, on simule des pannes moteur, avec obligation de tirer en chandelle, la vitesse le permet, avant d’aller se poser.

G …maîtres !
Renaud et François, les profs, insistent très fort sur les G et les facteurs de charge. Bien sûr, les pilotes de chasse que sont Christophe Delbos et Loïc Kardjadj sont très habitués à encaisser du G. Sauf qu’ici, ils n’auront pas leur combinaison anti G. On prévoit 5 à 8 G sur les courses de Reno, le risque est la perte de connaissance, au-delà de la fatigue en fin d’entraînement. Et si ces pilotes sont dans une condition physique exceptionnelle (je témoigne ici que Willy s’est mis sérieusement au régime salade-grillades) le problème est que sur une course entière à Reno, on encaissera ces G pendant 10 minutes d’affilée ! C’est un autre défi de cette formation à Salon.

Bilan :
Incroyable ce que l’on peut apprendre et améliorer ici en une semaine, avec des instructeurs aussi qualifiés et enthousiastes que les pilotes de l’EVAA. Au point que, tant du point de vue du pilotage que de celui de l’ambiance, tout le monde est en train d’essayer d’obtenir de la haute hiérarchie militaire l’autorisation de recommencer. Et, on reconnaît bien là la capacité de Big Frog d’être là où il le faut quand il le faut, au dernier jour du stage, le CEMAA, Chef d’Etat Major de l’Armée de l’Air est venu à Salon avec comme visite principale l’EVAA et au programme une sortie de voltige avec Renaud Ecalle. Le général Palomeros est incroyable de passion et d’enthousiasme. Bien entendu, le team Big Frog et ses instructeurs lui ont été présentés. L’Armée de l’Air est partenaire de Big Frog depuis des mois, mais il voulait tout savoir du vol rapide en circuit de basse altitude. Nos garçons ont donc dû passer une sorte d’oral. Ils ont été très bons. Cela a donc permis aux deux pilotes militaires que sont Loic et Christophe de revenir fin février pour un entraînement complémentaire, et qu’en fonction des calendriers respectifs cette haute école de basse altitude se reforme au complet dans les mois qui viennent.

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7- Entraînement intensif, basse altitude et G à ne plus savoir qu'en faire... Le secret, l'enthousiasme. Les visages de Willy et Renaud sont éloquents!
8- On connaît le principe de Reno, "Fly low, go fast, turn left ". Le problème ; ne pas remonter en sortie de virage, ce qui est le réflexe classique en basse altitude.
9- Il n'a pas fallu longtemps à toute l'Ecole de l'Air de Salon de Provence pour repérer ces entraînements inhabituels sur la base. Vous pouvez imaginer l'enthousiasme au mess!
10 à 16- Différentes options ont été testées dont certaines seront peut être moins pertinentes avec Big Frog, comme celle qui consiste à faire un virage très serré et à remettre toute la gomme juste dès la sortie du virage.

Rencontres légendaires.
Bien entendu, les protégés de l’EVAA ont été vite repérés sur la base. Les repas au mess ont été l’occasion de belles retrouvailles pour nos deux pilotes militaires, et de présentations prestigieuses pour notre pilote civil. Ainsi avons-nous rencontré avec beaucoup d’émotion le commandant de Saint Exupéry, que l’on appelle ici Saint Ex. L’auteur de ces lignes y a été d’une larme.
Un soir, nous avons été invités au bar de la Patrouille de France, voisine de l’EVAA. Patrouille en pleine préparation de son Tour 2010, dont le leader est une femme, le commandant Virginie Guyot. Une première mondiale, dans une patrouille de cette qualité. Bien sûr, on est arrivés tout petits, nous les civils. Nos pilotes militaires les connaissent tous, les présentations ont été rapidement faites. Le truc formidable est que, bien que soumis à un entraînement de folie, deux voire trois sorties par jour et briefings dans la foulée, ces pilotes ont trouvé le temps d’être incroyablement enthousiastes sur ces drôles d’avions à hélice qui tournent en circuit fermé. De l’admiration, beaucoup de passion et une somme absolument démentielle de talents réunis sur quelques mètres carrés, pour nous une soirée inoubliable. Cette fraternité était tout à fait digne de ceux qu’Antoine de Saint Exupéry appelait ses camarades. Son descendant vole sur la base, le monde est vraiment petit quand il s’agit d’émotion.

L’EVAA : Le sommet du monde de la voltige
L’Equipe de Voltige de l’Armée de l’Air est dirigée par le capitaine Fabrice Camliti. L’EVAA compte cinq pilotes et 10 mécanos, dont un est fourni par la société qui construit l’avion Extra. Fabrice Camliti était auparavant présentateur du Mirage 2000 et commandant d’escadrille à Orange. Il est arrivé ici à Salon il y a deux ans, en même temps que Renaud Ecalle.
Le principe est simple, recruter les meilleurs pilotes militaires de voltige, et les détacher en partenariat avec la FFA à l’équipe de France de voltige. Actuellement, volent à l’EVAA les premier, troisième et cinquième aux derniers championnats du monde unlimited de voltige aérienne, Renaud Ecalle, François Le Vot et Pierre Varloteaux.
En général, mais ce n’est pas systématique, l’EVAA recrute parmi les pilotes de chasse. A partir de mars jusqu’en octobre, l’Equipe sera sans arrêt en action, entre les meetings et les compétitions nationales et internationales. Parce qu’au-delà des résultats sportifs insensés que ramasse l’Equipe, il y a aussi un rôle de promotion de la voltige auprès des jeunes civils. Que l’on encourage à débuter cette discipline dans les clubs où elle se pratique, éventuellement à intégrer l’armée pour y devenir après une formation de haut niveau les meilleurs pilotes du monde. Par exemple, l’une des fiertés de l’EVAA est qu’en 2007 alors que l’Equipe de France n’avait pas d’avion, un accident avait en effet eu comme conséquence l’interdiction de vol du type d’appareil utilisé par l’Equipe, celle-ci sur un avion de remplacement qu’elle connaissait donc mal, a été quand même championne du monde. Bien sûr, nos questions s’orientent alors sur la possibilité d’une sorte d’équipe junior, qui pourrait recruter des espoirs en même temps que des surdoués et aussi, puisque l’exemple est donné par la Patrouille de France, la possibilité de recruter des pilotes femmes. C’est clair, on y pense…
Alors, pourquoi cet enthousiasme incroyable pour le projet Big Frog ? «Un grand projet sportif français. Impossible de ne pas y être !» Où l’on retrouve donc la première arme du projet Big Frog, l’enthousiasme. Et aussi la compétence. Et maintenant la combattivité et les trajectoires. Tout cela vous a un petit parfum de réussite…

Textes Jean Louis Bernardelli,
Crédit photos : Adjudant Hervé Receveur, Sergent-chef Vanessa Imber